Un diplomate français critique la politique de Paris envers l’Algérie
L’ancien ambassadeur français chargé des affaires de la Méditerranée, Karim Amellal, a critiqué l’approche adoptée par la France ces dernières années à l’égard de l’Algérie, estimant que la politique de pression publique et de réduction des visas n’a produit aucun résultat positif. Au contraire, elle a contribué à accroître les tensions et à bloquer les dossiers en suspens entre les deux pays.
Ces déclarations ont été formulées dans une tribune publiée par le journal Le Monde, dans laquelle il appelle à une approche plus calme et plus efficace, fondée sur le respect mutuel et le travail conjoint, loin des discours agressifs.
« La pression ne fonctionne pas avec l’Algérie »
Amellal affirme que le recours à la force symbolique ou aux pressions médiatiques et politiques — particulièrement marquées sous le mandat de l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau — a démontré son inefficacité. Aucun progrès n’a été réalisé dans les dossiers consulaires, ni dans la question de la réadmission, ni dans les dossiers de culture et de mémoire, parmi les plus sensibles entre les deux pays.
Il précise que cette approche répondait davantage à des calculs politiques internes en France qu’à une véritable volonté de traiter les dossiers bilatéraux.
Une diplomatie silencieuse
Amellal cite l’exemple de l’écrivain algéro-français Boualem Sansal, dont la libération, selon lui, a été obtenue grâce à une médiation diplomatique discrète impliquant la France et l’Allemagne, loin des déclarations conflictuelles.
Il souligne que cet exemple prouve que la « diplomatie calme et respectueuse », et non l’affrontement médiatique, est ce qui permet d’ouvrir les portes restées closes. Il ajoute que les prises de position de certains responsables français ont, dans les faits, constitué un obstacle à la résolution du dossier.
Dans son analyse des relations entre les deux pays depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, Amellal insiste sur le fait que l’histoire montre que l’Algérie réagit avec fermeté à toute tentative de pression extérieure, qu’elle provienne de Paris, de Washington ou de Bruxelles.
À ce titre, l’ancien ambassadeur évoque plusieurs exemples, notamment le refus par l’Algérie de toute présence militaire américaine sur son territoire après les événements du 11 septembre, ou encore son rejet des conditions posées par l’Union européenne sur la question migratoire en échange d’une coopération économique.
Il revient également sur la crise de 2021, déclenchée par la décision de la France de réduire les visas, ce qui a entraîné une forte tension diplomatique.
Amellal estime que ces positions reflètent ce qu’il appelle la « diplomatie du refus », autrement dit le rejet de toute forme de pression publique, particulièrement lorsqu’elle émane de l’ancienne puissance coloniale.
Des opportunités malgré les tensions
Malgré ses critiques, Amellal considère que les relations algéro-françaises disposent d’un important potentiel d’amélioration, à condition que Paris privilégie des canaux diplomatiques non publics et respecte la sensibilité de la mémoire historique algérienne.
Il salue par ailleurs la démarche du président Emmanuel Macron, fondée sur l’ouverture d’un dialogue franc autour des questions mémorielles, et appelle à poursuivre cette voie « quel qu’en soit le coût politique ».
Amellal conclut en affirmant que les dossiers économiques doivent constituer le cœur de la nouvelle relation entre les deux pays. Les coopérations en matière de sécurité, de migration ou de justice, selon lui, ne produiront aucun résultat tant qu’elles seront gérées sous le signe de la pression et de l’escalade.
Il assure que bâtir sur une « diplomatie du respect et du réalisme » est la seule voie pour établir une relation stable et évolutive entre la France et l’Algérie.
La semaine dernière, le président français Emmanuel Macron a annoncé sa disponibilité à dialoguer avec le président Abdelmadjid Tebboune, en marge du sommet du G20 qui s’est ouvert en Afrique du Sud.
Macron a précisé qu’il est prêt à discuter avec son homologue algérien, notamment au sujet des relations tendues, afin d’avancer, soulignant que cette rencontre constituerait une étape préparant la reprise du dialogue et la normalisation des relations entre les deux pays.
Par ailleurs, la secrétaire générale du ministère français des Affaires étrangères, Anne-Marie Descôtes, s’est rendue la semaine dernière à Alger, dans le cadre de la première visite de haut niveau entre les deux pays depuis le début de la crise diplomatique.