Vives tensions en France autour du canon « Baba Merzoug » et des sabres de l’émir Abdelkader
Les membres de l’Assemblée nationale française se sont divisés sur la question de la restitution à l’Algérie de biens culturels datant de la période coloniale, notamment le canon « Baba Merzoug » et les sabres de l’émir Abdelkader.
Cela s’est produit lors d’une séance consacrée à l’examen d’un nouveau projet de loi visant à faciliter la restitution des biens culturels sortis de leurs pays d’origine durant la période coloniale.
Ce texte législatif cible les objets et œuvres pillés durant la période de colonisation française s’étendant de 1815 à 1972.
Dans ce contexte, la députée Florence Joubert, du Rassemblement national, a exprimé son rejet catégorique de l’idée de restituer certains de ces biens.
Elle a justifié cette position en affirmant que certaines pièces revendiquées constituent des « trophées de guerre » obtenus au prix du sang des soldats français.
Elle a estimé que ces objets font partie de l’histoire française et ne doivent pas être restitués, citant notamment le canon « Baba Merzoug », transféré en France en 1830.
De son côté, le député Pierre Pribetich, du Parti socialiste, a expliqué que le canon « Baba Merzoug » pourrait à l’origine être une pièce d’artillerie ottomane saisie par la France lors de l’occupation de l’Algérie en 1830, ce qui relèverait en principe du droit de guerre.
En réponse, la députée Fatiha Keloua Hachi, du Parti socialiste et d’origine algérienne, a indiqué que les sabres de l’émir Abdelkader avaient été fabriqués en France puis offerts en cadeau avant d’être transformés en trophées de guerre durant la colonisation dans les années 1840.
Elle a souligné que ces sabres sont aujourd’hui exposés dans des musées français, ce qui reflète leur transformation d’objets militaires en pièces patrimoniales, affirmant que le canon « Baba Merzoug » ne peut être considéré comme une simple pièce d’artillerie.
Ce projet de loi intervient après plusieurs années de reports et de débats, et s’inscrit dans la mise en œuvre d’un engagement pris par le président français Emmanuel Macron en 2017 au Burkina Faso.
Le Sénat français a recensé une douzaine de demandes émanant de pays africains, dont le Bénin, qui réclame la restitution de la statue de la divinité « Gou », ainsi que des demandes algériennes liées à des objets associés à l’émir Abdelkader.
Cette évolution s’inscrit dans le cadre des démarches officielles algériennes, puisque l’Algérie a présenté en 2024 une liste de biens historiques conservés dans des institutions françaises, en demandant leur restitution en raison de leur valeur symbolique et historique.
Cela s’est inscrit dans les travaux de la commission mixte algéro-française chargée de l’histoire et de la mémoire, qui a convenu de poursuivre les discussions au sein du groupe de travail conjoint dédié aux archives et à la mémoire.
L’Algérie a également appelé la partie française à soumettre le dossier de restitution des biens culturels et archivistiques au président Emmanuel Macron. Cette liste a reçu un accord de principe côté français, avec un engagement de la porter au plus haut niveau de décision politique.
La commission avait déjà convenu, lors de sa première réunion en 2023, de la restitution des biens de l’émir Abdelkader et de la réalisation d’une documentation complète sur les crimes coloniaux du XIXe siècle.
L’accord prévoyait également la restitution des symboles liés à l’État fondé par l’émir Abdelkader et les chefs de la résistance, ainsi que des restes humains et des crânes encore conservés, tout en poursuivant l’identification des dépouilles de cette période.
La France avait déjà restitué à l’Algérie, en 2020, les restes de 24 martyrs de la résistance du début de la colonisation, qui a duré de 1830 à 1962, tandis que l’Algérie continue de réclamer l’ensemble des crânes conservés dans les musées afin de leur offrir une inhumation conforme aux rites appropriés.