Vidéo.. Benjamin Stora s’insurge contre la « futilité » d’une chaîne française
Dans une séquence médiatique rare, l’historien français de renom Benjamin Stora a laissé éclater sa colère en direct, après qu’un présentateur de France Info a tenté d’orienter le débat vers le nom d’un “influenceur” algérien, au détriment des lourds dossiers historiques entre l’Algérie et la France.
Lors de son intervention télévisée, Stora est apparu vivement agacé par la tournure de l’échange, estimant que se focaliser sur une personnalité controversée vidait le débat de sa substance.
« Si vous venez encore ce soir me parler d’Amir DZ, je refuse… qu’est-ce que je fais ici ? », a lancé Stora, avant d’ajouter d’un ton ferme : « Je le dis franchement, je m’en vais. Vous avez les essais nucléaires, vous avez les disparus de la Bataille d’Alger. Ce sont de grandes affaires dont il faut parler à la télévision française. »
L’historien est l’auteur du rapport sur la mémoire franco-algérienne commandé par le président Emmanuel Macron.
La tension est rapidement montée. Refusant d’être réduit à un rôle secondaire dans un débat qu’il juge indigne de l’ampleur du sujet, Stora a répété qu’il « n’était pas venu pour parler d’un influenceur ». Il est allé plus loin en dénonçant « une forme d’humiliation intellectuelle que vous voulez m’infliger ».
Il a également critiqué la rédaction de France Info, l’accusant de ne pas avoir été transparente sur les véritables raisons de son invitation. « Ce n’était pas du tout prévu. On ne m’a pas appelé pour parler de cela, mais des relations historiques entre la France et l’Algérie, du traumatisme et des moyens de réconciliation avec ce pays », a-t-il regretté.
Le présentateur a tenté de justifier son choix éditorial, estimant que l’affaire de l’influenceur faisait partie des facteurs de tension bilatérale. Mais Stora a fermement rejeté cet argument, rappelant qu’il avait été invité pour évoquer la crise mémorielle entre les deux pays.
D’un ton clairement irrité, il a souligné que des décennies de recherche ne pouvaient être réduites à des débats superficiels, qualifiant ce qui s’est produit « d’atteinte à l’université et au travail académique ».
Depuis cinquante ans, l’universitaire né à Constantine travaille sur l’histoire de la colonisation française et de la guerre de libération nationale. Chargé par le président français d’un rapport sur les questions mémorielles — un dossier lourd comprenant « des centaines de milliers de morts et de victimes » — il a rappelé ces enjeux avec colère.
Pourtant, son entretien approfondi avec le journaliste de “Complément d’enquête” a été réduit à quelques secondes sans lien avec le cœur de son analyse, au profit d’un sujet sur la tentative présumée d’enlèvement de l’influenceur Amir DZ en région parisienne en avril 2024.
« Amir DZ a été plus important que les crânes », a protesté Benjamin Stora, en référence aux crânes de résistants algériens conservés sous le Musée de l’Homme à Paris. « Il a eu vingt minutes face aux crânes », a-t-il dénoncé, qualifiant cette démarche de « grave manquement à l’éthique journalistique ».
L’historien a conclu avec regret : « C’est encore une occasion manquée entre la France et l’Algérie pour mieux se comprendre », indiquant avoir écrit à l’équipe de France 2 pour leur faire part de sa déception.
L’incident a rapidement enflammé les réseaux sociaux, largement relayé par les internautes qui y voient une nouvelle illustration de la sélectivité de certains médias français dans le traitement des questions mémorielles et des relations franco-algériennes.