Ségolène Royal accuse Bruno Retailleau d’être responsable de pertes stratégiques avec l’Algérie
Dans un contexte de montée du débat politique à Paris autour de l’Algérie, notamment sur les dossiers de la mémoire, de l’immigration et des partenariats stratégiques, l’ancienne ministre française de l’Environnement Ségolène Royal a tenu des propos virulents, critiquant ce qu’elle a qualifié de « stratégie de tension » adoptée par certaines figures de la droite française, en tête desquelles Bruno Retailleau, estimant que cette approche menace les intérêts français et fragilise les relations avec Algérie.
Dans une publication, Ségolène Royal a considéré que la stratégie de l’ancien ministre de l’Intérieur et président du parti de droite « Les Républicains », Bruno Retailleau, repose sur une volonté de tendre les relations avec l’Algérie, soulignant que cette approche ne sert ni la France ni les Français, mais aggrave au contraire les crises diplomatiques.
Elle a insisté sur le fait que cette politique vise à séduire un courant nostalgique de « l’Algérie française », avertissant que ses conséquences pourraient être graves aux niveaux stratégique et politique. Elle a également expliqué que ce discours nuit à des relations historiques complexes entre les deux pays et réactive des approches dépassées, en décalage avec la réalité des partenariats actuels.
Ségolène Royal a par ailleurs souligné que cette montée des tensions a compliqué des dossiers sensibles, notamment les obligations de quitter le territoire français (OQTF), ainsi que le recul de la coopération économique, en particulier dans le secteur de l’énergie, au profit d’autres acteurs européens.
Elle a relevé que Italie a profité de cette situation pour devenir le premier partenaire européen de l’Algérie dans le domaine du gaz, illustrant selon elle des pertes stratégiques pour la France dues à cette ligne dure.
L’ancienne ministre a estimé que ce qu’elle décrit comme « l’obsession anti-algérienne de Retailleau » ne constitue pas une position isolée, mais s’inscrit dans la continuité d’une orientation héritée de l’ère de Nicolas Sarkozy, notamment à travers la loi qu’il a signée sur les « bienfaits de la colonisation ».
Elle a jugé que cette vision ignore délibérément les sacrifices de millions de victimes et de déplacés en Afrique francophone, en particulier en Algérie, mettant en garde contre les dangers de ce discours pour les relations historiques et humaines entre les deux rives.
Royal appelle à la coopération plutôt qu’à la confrontation
Ségolène Royal a affirmé que la visite du pape en Algérie, accompagnée d’éloges internationaux, contredit l’image véhiculée par Retailleau, appelant à construire des partenariats intelligents fondés sur le dialogue et les intérêts communs.
Elle a déclaré : « Si l’Algérie était telle que la décrit Retailleau, le pape n’aurait pas effectué cette visite solennelle ni salué le pays devant le monde entier. Construisons, par le dialogue, des partenariats intelligents et bénéfiques pour tous, notamment pour les jeunes talents des deux rives de la Méditerranée, qui ne doivent pas porter le poids et les risques d’une hostilité héritée du passé. »
Retailleau réagit et hausse le ton
De son côté, Bruno Retailleau a vivement critiqué les propos du président français Emmanuel Macron, estimant qu’ils visent les voix appelant à plus de fermeté vis-à-vis de l’Algérie.
Il a qualifié le discours de Macron de « faux prétexte » destiné à détourner l’attention des crises internes, affirmant que le véritable débat doit porter sur l’immigration irrégulière.
Retailleau a insisté sur le fait que le problème ne concerne pas les médecins algériens en France, mais plutôt les personnes sous le coup d’une expulsion et considérées comme « dangereuses » selon ses termes.
Il a également estimé que la politique de « bonne volonté » envers l’Algérie a échoué, plaidant pour une approche plus ferme dans la gestion des relations bilatérales.
Enfin, il a affirmé que les références aux souffrances historiques ne doivent pas, selon lui, servir à justifier des atteintes à la France, appelant à défendre la souveraineté et les intérêts nationaux.
Ces échanges illustrent la profondeur des divisions au sein de la scène politique française sur la question algérienne, où se croisent enjeux électoraux, héritage historique et intérêts stratégiques. Ils rappellent aussi le rôle central de l’Algérie dans les équilibres énergétiques et sécuritaires en Méditerranée, alors que certaines positions françaises reculent au profit d’autres puissances européennes.