Sansal ou Belghit ?.. La demande du président allemand suscite la controverse

Sansal ou Belghit ?.. La demande du président allemand suscite la controverse

L’annonce de la présidence algérienne concernant la demande formulée par le président allemand Frank-Walter Steinmeier à son homologue Abdelmadjid Tebboune, d’accorder une grâce au romancier Boualem Sansal pour des raisons humanitaires, a suscité une vive controverse sur les réseaux sociaux en Algérie.

Selon la présidence, cette demande est motivée par la dégradation de l’état de santé de Sansal et son âge avancé, avec une proposition de lui permettre de se rendre en Allemagne pour y recevoir des soins médicaux.

Dans une déclaration officielle, Steinmeier a affirmé :

« J’ai demandé à mon homologue algérien de gracier Boualem Sansal. Ce geste serait une expression d’humanité et de clairvoyance politique, tout en reflétant les relations personnelles solides qui m’unissent au président Tebboune ainsi que les excellents liens entre nos deux pays. »

Réactions internes

La requête allemande a provoqué des réactions hostiles en Algérie. De nombreux internautes ont estimé que le premier à mériter une grâce serait l’historien Mohamed El-Amine Belghit (69 ans), condamné à une peine de prison en octobre 2025.
Le journaliste Nadjib Belhimer a commenté :

« Le principal soutien européen au génocide du peuple palestinien demande la grâce de Sansal au nom de l’humanité. »

L’avocat Tewfik Hechour a ajouté :

« S’il y a bien quelqu’un qui mérite la grâce, c’est Belghit avant tout autre. Il a incarné le patriotisme et la voix de la liberté. Ceux dont on brandit le nom depuis l’étranger ne représentent pas l’écho du pays. »

Le commentateur sportif Hafid Derradji s’est interrogé :

« À quel titre l’Allemagne intervient-elle pour la libération de Boualem Sansal ? La liberté de celui qui a insulté sa patrie est-elle plus importante que celle d’un peuple massacré à Gaza ? »

Il a poursuivi en soulignant que « le véritable geste humanitaire devrait être en faveur du docteur Belghit, car la priorité doit aller aux Algériens et à l’intérêt national avant tout. »
Le journaliste Othmane Lahyani a, quant à lui, estimé que :

« La publication officielle du communiqué allemand par la présidence et la formulation choisie sont un signe clair d’une réponse positive et d’une libération imminente de Sansal. Il serait diplomatiquement inélégant de rejeter une telle demande, surtout à la veille d’une visite prévue du président Tebboune à Bonn. »

Il a ajouté que « l’opinion publique algérienne a désormais lié les dossiers Sansal et Belghit. Le pouvoir devra envisager une issue interne à ce dernier dossier pour répondre à une attente nationale. »

Le dossier Boualem Sansal

Boualem Sansal, âgé de 80 ans, a été arrêté en novembre 2024 à son arrivée à l’aéroport d’Alger. En mars 2025, il a été condamné à cinq ans de prison pour atteinte à l’unité du territoire national, après avoir déclaré que « certaines villes de l’Ouest algérien faisaient historiquement partie du Maroc. »

Le président Tebboune l’avait déjà qualifié de « voleur sans identité ni père », l’accusant de chercher à semer le doute sur l’unité nationale.

Contexte algéro-allemand et question de Gaza

La demande allemande intervient dans un contexte politique sensible. Berlin figure parmi les principaux soutiens d’Israël dans la guerre contre Gaza.

Le gouvernement allemand a réaffirmé à plusieurs reprises que « la sécurité d’Israël relève de l’intérêt national suprême », tout en adoptant des mesures sévères contre les voix pro-palestiniennes à l’intérieur du pays.

Le président Steinmeier a d’ailleurs déclaré à maintes reprises que l’Allemagne « se tient aux côtés d’Israël contre Gaza. »

Le cas de l’historien Mohamed El-Amine Belghit

En octobre 2025, la justice algérienne a condamné Mohamed El-Amine Belghit à trois ans de prison ferme et deux ans avec sursis pour atteinte à l’unité nationale, atteinte à l’intégrité du territoire et diffusion de discours de haine.

L’affaire découle de déclarations faites sur la chaîne Sky News Arabia, dans lesquelles il avait qualifié la revendication identitaire amazighe de « projet sioniste et français ».

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