Sansal décoré de la Légion d’honneur, quelques semaines après sa grâce
Le nom de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal revient sur le devant de la scène culturelle et politique en France, après son inclusion dans la liste des récipiendaires de la Légion d’honneur, la plus haute distinction nationale française, dans la nouvelle promotion de janvier, selon un décret officiel publié jeudi au Journal officiel.
Cette distinction intervient dans un contexte exceptionnel, quelques semaines seulement après sa sortie de prison en Algérie, où il a passé près d’un an à la suite d’une condamnation à cinq ans de prison pour “atteinte à l’unité nationale”, en raison de déclarations qu’il avait faites en 2024 concernant les frontières algériennes pendant la période de la colonisation française.
Sansal, qui a retrouvé sa liberté en novembre dernier à la faveur d’une grâce présidentielle accordée par le président Abdelmadjid Tebboune, est parti en Allemagne à la demande officielle du président allemand Frank-Walter Steinmeier pour y recevoir des soins. Une semaine plus tard, il est revenu en France, où il a bénéficié d’un accueil remarqué du président Emmanuel Macron au palais de l’Élysée.
Le communiqué présidentiel français le qualifiait alors de “grand écrivain, doté d’une dignité, d’une force morale et d’un courage intellectuel exceptionnels”.
Le nom de Sansal figure dans une nouvelle promotion civile de la Légion d’honneur comprenant 616 personnalités, que la Grande Chancellerie décrit comme ayant “servi l’intérêt général” et incarnant “les valeurs de mérite, d’intégrité et d’exemplarité”.
Les récipiendaires sont répartis sur différents grades, allant de chevalier au grand-croix, tandis que la plupart restent à l’écart des projecteurs médiatiques.
La distinction accordée à Sansal, connu pour ses positions critiques et ses écrits controversés, reflète, selon certains observateurs, l’intersection entre culture et politique, et confère une dimension symbolique à une décoration créée en 1802 par Napoléon Bonaparte, mais qui continue aujourd’hui de porter des messages dépassant le simple cadre littéraire pour véhiculer des messages politiques implicites.
Parmi les autres noms figurant sur la liste, on trouve le peintre britannique David Hockney, figure emblématique du pop art, la chanteuse Nolwenn Leroy, ainsi que plusieurs autres personnalités culturelles et artistiques françaises. Cependant, le nom de Boualem Sansal demeure le plus discuté, compte tenu de son parcours récent entre prison, grâce présidentielle, puis distinction officielle à Paris.
Une nouvelle promotion civile de la Légion d’honneur est attendue en juillet prochain, dans le cadre d’un mécanisme de nomination visant à mettre en avant des personnalités en dehors des parcours gouvernementaux traditionnels, dans une tradition française qui n’est jamais totalement exempte de controverse.