Sánchez, Pegasus et le Sahara occidental : les coulisses d’un changement stratégique
Le site espagnol The Objective a publié mercredi des informations sensibles établissant un lien entre le changement historique de position du chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, concernant la question du Sahara occidental, et le piratage de son téléphone via le logiciel espion israélien Pegasus.
Selon le média, ce revirement de la politique étrangère espagnole serait intervenu quelques semaines seulement après des rencontres secrètes entre des émissaires de Madrid et de Rabat afin de clore le dossier de l’espionnage.
Réunions secrètes sous médiation israélienne
D’après The Objective, le gouvernement espagnol aurait tenu deux réunions secrètes en janvier 2022, la première à Marrakech et la seconde à Malaga, avec une médiation israélienne.
Ces rencontres auraient réuni une délégation de haut niveau désignée par la Moncloa et des responsables marocains, dans le but de contenir les répercussions du piratage du téléphone de Sánchez ainsi que de ceux de plusieurs ministres (Défense, Intérieur et Agriculture).
Le rapport indique que Sánchez aurait décidé de clore ce dossier sensible en échange d’un engagement de Rabat à ne plus utiliser de systèmes d’espionnage contre les autorités espagnoles à l’avenir. Deux mois plus tard, il adressait sa lettre au roi Mohammed VI exprimant son soutien au plan d’autonomie marocain.
Une coïncidence troublante
Le rapport précise que l’intrusion dans le téléphone de Sánchez aurait eu lieu en mai 2021, au moment de la crise migratoire à Ceuta et de l’accueil en Espagne du chef du Front Polisario, Brahim Ghali.
Alors que le gouvernement espagnol aurait tenté de garder l’affaire confidentielle pendant près d’un an, The Objective affirme que les autorités de Madrid étaient informées dès le départ de l’ampleur des données extraites (2,6 gigaoctets).
Des observateurs estiment que cette chronologie soulève de sérieuses interrogations quant au fait que le soutien officiel de Madrid, en mars 2022, au plan marocain présenté comme « la base la plus sérieuse et réaliste », pourrait être lié à des arrangements confidentiels issus de ces réunions de « gestion de crise » liées à l’affaire Pegasus.
Conséquences régionales et négociations à venir
Le média souligne que ce changement soudain de position, qui n’aurait pas été soumis au Parlement ni au Conseil des ministres au préalable, a entraîné une rupture diplomatique avec l’Algérie pendant une longue période, ainsi que la suspension des relations du Front Polisario avec l’Espagne.
Par ailleurs, le rapport indique que les efforts internationaux pour résoudre le conflit se poursuivent. L’ambassade des États-Unis à Madrid aurait récemment accueilli une rencontre entre les parties concernées, et il existerait une orientation au sein de l’administration Trump visant à préparer un accord-cadre susceptible d’être signé à Washington dans les prochains mois, loin de la controverse suscitée par l’affaire Pegasus sur la scène politique espagnole.