Neuf mois après sa récupération, l’Algérie met en vente l’hôtel El Palace
L’Algérie a décidé de céder l’hôtel El Palace, anciennement connu sous le nom de “Ritz”, l’un des établissements les plus anciens et prestigieux de la ville de Barcelone. Ce bien figure parmi les actifs récupérés par l’État dans le cadre des dossiers liés aux fonds détournés.
Selon le média espagnol El Confidencial, les responsables de l’opération ont engagé des discussions exploratoires avec des fonds d’investissement, des family offices et d’autres acteurs financiers en vue de finaliser la transaction.
L’objectif affiché est de conclure une opération immobilière dont la valeur pourrait atteindre, voire dépasser, les 100 millions d’euros.
Cette décision intervient après le transfert, en août 2025, de la propriété de l’hôtel à l’État algérien via un mécanisme de « paiement en nature de dette ». À l’époque, le quotidien La Vanguardia révélait que le Fonds national d’investissement, rattaché à la présidence du gouvernement, avait acquis la pleine propriété de cet actif situé sur l’avenue Gran Via.
L’établissement avait été acquis en 2011 par l’homme d’affaires Ali Haddad, via la société Sarasati, pour un montant de 80 millions d’euros. Ce dernier a par la suite été incarcéré en Algérie pour des affaires de corruption, d’abus de pouvoir et de dilapidation de fonds publics.
Fondé en 1919 par César Ritz, l’hôtel incarne l’élégance européenne classique. Il dispose de 127 chambres et se distingue par ses salons en marbre et ses lustres en cristal. Au fil des décennies, il a accueilli de nombreuses personnalités, dont Madonna, Sophia Loren et Salvador Dalí, ainsi que des événements réunissant élites politiques, économiques et artistiques.
Malgré le changement de son appellation — du “Ritz” à “El Palace” — l’établissement a su préserver son identité, demeurant un symbole intemporel de luxe et de raffinement.
Par ailleurs, la justice algérienne avait sollicité les autorités espagnoles pour la restitution des biens appartenant à Ali Haddad, estimant qu’ils avaient été acquis avec des fonds publics détournés. Toutefois, la récupération de l’hôtel ne résulte pas d’une décision judiciaire espagnole, mais d’un accord enregistré comme règlement de dette, selon les documents du registre foncier de Barcelone.
Ancien président du Forum des chefs d’entreprise (FCE) et dirigeant du groupe ETRHB, Ali Haddad avait été arrêté en 2019 à la frontière tunisienne alors qu’il tentait de quitter le pays, peu avant la démission du président Abdelaziz Bouteflika, dans un contexte de contestation populaire.
Condamné à 12 ans de prison ferme avec confiscation de ses biens, il demeure l’une des figures emblématiques des affaires de corruption poursuivies par la justice algérienne.
Dans le même sillage, les autorités poursuivent leurs efforts pour récupérer les fonds détournés à l’étranger, avec le soutien de plusieurs pays européens. Le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf a récemment annoncé que l’Algérie s’apprêtait à récupérer plus de 110 millions de dollars d’avoirs gelés en Suisse, à la suite de 33 commissions rogatoires internationales.
En octobre dernier, le président Abdelmadjid Tebboune avait affirmé que près de 30 milliards de dollars d’avoirs et de biens avaient déjà été récupérés dans le cadre de la lutte contre la corruption, qualifiée de bataille de longue haleine contre les pratiques de « l’ère de la bande ».