Laurent Nuñez dévoile les dossiers qu’il abordera lors de sa visite en Algérie
Dans une démarche aux dimensions politiques et sécuritaires marquées, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, entame une visite officielle en Algérie qui s’étendra sur deux jours, lundi et mardi.
Il y mènera des entretiens avec le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, dans le but de relancer les canaux de communication entre les deux pays, sur fond de tensions diplomatiques persistantes entre Paris et Alger.
Cette visite intervient après le dernier déplacement similaire effectué par l’ancien ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, à la fin de l’année 2022. Elle est présentée comme un nouveau test de la capacité de Paris et d’Alger à dépasser leurs différends et à relancer la coopération sécuritaire.
Avant son départ pour Alger, Laurent Nuñez a déclaré ce lundi matin sur la radio France Inter qu’il se rendait en Algérie « avec un esprit constructif » afin d’aborder des dossiers sécuritaires sensibles et de relancer le dialogue.
Au cours de ces deux jours de discussions, le responsable français espère rétablir la coopération bilatérale dans les domaines de la migration, de la lutte contre la criminalité organisée et du trafic de drogue, malgré la persistance des tensions politiques entre les deux capitales.
Selon des sources médiatiques françaises, Laurent Nuñez conduit une délégation sécuritaire de haut niveau composée de hauts responsables des services, signe du caractère opérationnel de la visite et de la volonté de Paris d’obtenir des avancées concrètes.
Le ministre français a précisé : « Je rencontrerai le ministre algérien de l’Intérieur qui m’a invité. Nous passerons en revue l’ensemble des sujets en discussion, notamment les questions migratoires, sécuritaires et le trafic de drogue », sans confirmer une rencontre avec le président Abdelmadjid Tebboune.
Il a ajouté : « Je me rends en Algérie avec un esprit très constructif, déterminé à progresser et à réactiver la relation sécuritaire avec l’Algérie, et même au-delà, bien entendu. »
Concernant le dossier du journaliste sportif français Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison pour apologie du terrorisme, le ministre a indiqué qu’« une procédure judiciaire est en cours en Algérie », soulignant que sa visite porte avant tout sur des questions sécuritaires.
Cette initiative française a été précédée d’une activité diplomatique menée par l’ancienne ministre socialiste Ségolène Royal, qui s’est rendue en Algérie en sa qualité de présidente de l’Association France–Algérie, dans une tentative d’apaiser le climat politique et de préparer la reprise du dialogue entre les deux pays.
Des dossiers sensibles sur la table
Malgré un discours évoquant une atmosphère positive, la question de l’éloignement des Algériens en situation irrégulière en France demeure le dossier le plus complexe. Selon des sources informées, l’Algérie n’a jusqu’à présent accueilli aucun ressortissant concerné par une obligation de quitter le territoire français.
De son côté, la partie algérienne devrait mettre en avant ses priorités sécuritaires, notamment le suivi de personnes recherchées considérées comme menaçant la sécurité nationale et opérant depuis le territoire français, ainsi que la nécessité d’appliquer les accords d’extradition sans sélectivité.
Ces démarches s’inscrivent dans une approche plus large visant à réorganiser les priorités de la diplomatie algérienne, tout en veillant à protéger les intérêts de la communauté algérienne en France et à ouvrir la voie à une coopération pragmatique avec les voix françaises appelant à dépasser les tensions conjoncturelles.
Des observateurs estiment que le succès de cette visite sera mesuré à l’aune de la capacité des deux parties à concrétiser les engagements restants de la « Déclaration d’Alger », notamment la tenue de réunions sécuritaires périodiques de haut niveau et la coordination des efforts dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et la criminalité transfrontalière.