L’Américaine Elaine Klein obtient la nationalité algérienne : qui est cette figure liée à la Révolution ?
L’Algérie a accordé la nationalité algérienne à la citoyenne américaine Elaine Klein, née le 10 décembre 1928 à New York, en vertu d’un décret présidentiel publié au Journal officiel.
Connue par la suite sous le nom d’Elaine Mokhtefi, après son mariage avec le moudjahid et écrivain algérien Mokhtar Mektifi, elle est considérée comme l’une des figures étrangères les plus engagées aux côtés de la Révolution algérienne et des mouvements de libération du tiers-monde.
Une Américaine qui a fait de l’Algérie sa terre d’engagement
Pour Elaine Klein, l’Algérie n’a jamais été une simple étape de son parcours militant. Son engagement contre la guerre, le colonialisme et les discriminations raciales l’a progressivement conduite à soutenir la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, avant d’y vivre plusieurs années et de participer à sa vie politique, médiatique et intellectuelle.
Née en 1928 à New York au sein d’une famille juive américaine, elle s’implique très tôt dans les mouvements pacifistes et antiracistes.
En 1951, elle s’installe en France où elle travaille comme traductrice. C’est à cette période qu’elle découvre la réalité du système colonial français et se rapproche de la cause algérienne.
Un tournant décisif intervient en 1958 lors de sa participation au Congrès de l’Assemblée mondiale de la jeunesse à Accra, au Ghana. Elle y rencontre plusieurs figures de la Révolution algérienne, notamment Frantz Fanon et Mohamed Sahnoun, renforçant ainsi son engagement en faveur de l’indépendance.
Par la suite, elle rejoint New York pour travailler aux côtés des représentants du Front de libération nationale (FLN) aux États-Unis.
Au service de la cause algérienne sur la scène internationale
Depuis New York, Elaine Mokhtefi participe aux activités diplomatiques et médiatiques du FLN, contribuant à défendre la cause algérienne auprès des Nations unies.
Son travail de traduction et de communication politique vise alors à contrer la propagande française et à mobiliser un soutien international en faveur de l’indépendance de l’Algérie.
Une nouvelle vie dans l’Algérie indépendante
Après l’indépendance en 1962, Elaine Mokhtefi choisit de s’installer à Alger, où elle résidera jusqu’en 1974.
Son arrivée coïncide avec l’émergence de l’Algérie comme l’un des principaux centres des mouvements de libération du tiers-monde.
Elle exerce dans plusieurs domaines, notamment le journalisme, la traduction et les institutions publiques. Grâce à sa maîtrise des langues et à son vaste réseau international, elle facilite les échanges entre les autorités algériennes et de nombreuses personnalités politiques et révolutionnaires venues d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et des États-Unis.
Son nom reste également associé à l’Agence Algérie Presse Service (APS) ainsi qu’à d’autres institutions médiatiques, où elle participe à l’accueil et à l’accompagnement de nombreuses figures des mouvements de libération.
Son rôle auprès des Black Panthers
L’un des épisodes les plus marquants de son parcours concerne sa relation avec le mouvement américain des Black Panthers.
Dans les années 1960, Alger devient le siège de la section internationale du mouvement après la fuite de plusieurs de ses dirigeants des États-Unis.
Elaine Mokhtefi joue un rôle actif dans leur installation en Algérie et entretient des liens étroits avec plusieurs responsables du mouvement, notamment Eldridge Cleaver.
À cette époque, Alger s’impose comme un carrefour international réunissant les mouvements anticoloniaux d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, ainsi que les organisations afro-américaines engagées dans la lutte pour les droits civiques.
Au fil des années, Elaine Mokhtefi côtoie plusieurs figures majeures de cette époque, parmi lesquelles Ahmed Ben Bella, Frantz Fanon, Eldridge Cleaver, Jomo Kenyatta et Stokely Carmichael.
Le mariage avec Mokhtar Mokhtefi et la mémoire de la Révolution
Le lien d’Ellen Klein avec l’Algérie se renforce davantage après son mariage avec Mokhtar Mokhtefi, ancien combattant de l’Armée de libération nationale, écrivain et militant.
Après avoir quitté l’Algérie en 1974, elle s’installe d’abord en France, puis retourne aux États-Unis.
En 2018, elle publie ses mémoires en anglais sous le titre Algiers, Third World Capital : Freedom Fighters, Revolutionaries, Black Panthers, dans lesquelles elle retrace son expérience algérienne et témoigne de la période où Alger était devenue une capitale mondiale des mouvements révolutionnaires et anticoloniaux.
À travers cet ouvrage, elle revient sur ses rencontres avec des révolutionnaires, des militants et des exilés politiques, tout en racontant l’installation des Black Panthers à Alger et le rôle de la capitale algérienne dans les luttes internationales pour la liberté.
Au-delà de son engagement personnel en faveur de la Révolution algérienne, le parcours d’Elaine Mokhtefi demeure le témoignage d’une époque où l’Algérie indépendante s’était imposée comme un symbole de solidarité avec les mouvements de libération à travers le monde.