Les hydrocarbures ne suffisent plus.. L'Algérie enregistre son premier déficit commercial depuis quatre ans

Les hydrocarbures ne suffisent plus.. L’Algérie enregistre son premier déficit commercial depuis quatre ans

L’Algérie a enregistré un déficit commercial au premier semestre 2025, une première depuis quatre ans, après plusieurs années d’excédents nourris par la hausse des prix du pétrole sur les marchés mondiaux.

L’Office national des statistiques a publié un rapport sur les indicateurs du commerce extérieur pour le premier semestre de l’année en cours, comparé aux premiers semestres depuis 2019.

Il y a seulement un an, l’Algérie affichait un excédent commercial de 320 milliards de dinars au premier semestre 2024, grâce à des exportations qui avaient dépassé 3 338 milliards de dinars, contre des importations limitées à 3 018 milliards de dinars. Il s’agissait déjà d’un recul par rapport à 2023, année durant laquelle le pays avait clôturé le premier semestre avec un excédent dépassant 826 milliards de dinars. Le plus important excédent avait été enregistré en 2022, dépassant 1 584 milliards de dinars (plus de 12 milliards de dollars), soutenu par la flambée des prix du pétrole et du gaz après la crise en Ukraine.

Mais le tableau a radicalement changé cette année. Le déficit commercial est réapparu pour la première fois depuis 2021, avec un déséquilibre de 711,5 milliards de dinars au premier semestre 2025, soit l’équivalent de 5,47 milliards de dollars.

Explosion des importations et contraction des exportations

Le premier facteur derrière ce retournement majeur est la forte hausse des importations, en progression de 24,8 %, atteignant 3 767 milliards de dinars, contre 3 018 milliards de dinars l’année précédente, et ce malgré une baisse de 2,8 % des prix d’importation.

Malgré les mesures protectionnistes adoptées depuis plusieurs années—telles que l’interdiction de certains produits finis et l’obligation de présenter des prévisions d’importation—la cadence des importations n’a cessé d’augmenter de manière notable.

En parallèle, les exportations ont reculé de 8,5 % sur une base semestrielle, pour se stabiliser à 3 055,6 milliards de dinars (23,50 milliards de dollars), contre 3 338,3 milliards de dinars (25,67 milliards de dollars) à fin juin 2024. Le recul touche à la fois les volumes exportés (–1,2 %) et les prix des produits exportés (–7,4 %).

Les prix des hydrocarbures ont directement pesé sur l’équilibre commercial, affichant une baisse de 8,2 % sur la période de comparaison, à laquelle s’est ajoutée une contraction de 2,1 % des volumes de pétrole et de gaz exportés.

Ce recul a fait chuter le taux de couverture commerciale à seulement 81,1 %, alors que les exportations couvraient entièrement les importations durant les années d’envolée des prix de l’énergie.

Les exportations hors hydrocarbures progressent

Malgré ces indicateurs préoccupants, le rapport révèle des signes d’amélioration dans les secteurs hors hydrocarbures, avec une hausse de 8,6 % des volumes exportés et une amélioration de 3 % des prix, ce qui a porté leur valeur totale à 276,6 milliards de dinars (2,12 milliards de dollars), en progression de 11,8 % par rapport à la même période en 2024.

Ces résultats confirment que les programmes de promotion des exportations hors hydrocarbures commencent à produire certains effets, même si leur poids reste limité face à la domination du secteur énergétique, qui représente plus de 90 % des recettes en devises de l’Algérie.

Entre volonté politique et réalité du marché

Depuis 2020, l’Algérie mise son avenir économique sur une stratégie de diversification ambitieuse visant à doubler les exportations hors pétrole et gaz.

Si le pays avait atteint en 2022 un record de 7 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures — principalement des engrais, des matériaux de construction et des produits agricoles — cet élan s’est essoufflé, tombant à 3,8 milliards de dollars en 2024, et ce malgré les déclarations du président Tebboune affirmant que l’Algérie était sur le point d’atteindre 13 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures fin 2023.

La baisse des prix de l’énergie, les fluctuations du marché international et la demande croissante en importations constituent autant de défis qui feront des prochaines années un véritable test pour la capacité de l’économie algérienne à résister aux chocs externes sans dépendance quasi totale aux hydrocarbures.

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