Hausse record de l’euro sur le marché parallèle : quelles causes économiques ?
Le dinar algérien a connu une chute vertigineuse face à l’euro sur le marché parallèle (le Square), atteignant ses niveaux les plus bas depuis longtemps.
Ce jeudi, un euro s’échangeait à 291 dinars au marché noir, tandis que son cours restait stable dans les banques officielles, autour de 150 dinars algériens.
Bien que beaucoup affirment que “le prix de l’euro a augmenté”, l’expression la plus juste est que c’est la valeur du dinar qui s’est dépréciée, étant donné que l’euro n’a enregistré aucune hausse notable sur les marchés internationaux et demeure stable.
Quelles sont les causes ?
Plusieurs facteurs économiques influencent la hausse ou la baisse de la monnaie d’un pays. Pour mieux comprendre les raisons de la dépréciation du dinar, la plateforme Awras a sollicité l’économiste Abdelkader Mchedal.
Selon lui, le principal facteur expliquant cette baisse est la forte demande en devises, notamment pour les opérations d’importation. L’ouverture du marché à l’importation de certains équipements essentiels, ainsi que le transfert de nombreuses opérations d’importation vers des entreprises, ont entraîné une pression importante.
Il explique : « Ces équipements sont coûteux. Le prix des voitures varie entre 10 000 et 20 000 dollars l’unité, auxquels s’ajoutent les frais de transport et d’assurance, payés en devises étrangères. »
Mchedal souligne que le phénomène s’est intensifié : les importations ne viennent plus seulement des individus, mais désormais d’entreprises spécialisées, ce qui génère des transferts massifs de devises vers l’étranger.
Il ajoute :« Lorsque la demande augmente alors que l’offre en devises reste limitée, la valeur du dinar baisse. »
Pour l’économiste Slimane Nacer, la hausse du prix de l’euro s’explique aussi par l’achat de devises par les agences de voyages et de Omra, qui s’approvisionnent sur le marché noir pour régler les frais d’hôtels à l’étranger, surtout en période de fin d’année.
Il ajoute que le nouveau statut juridique du petit importateur (auto-entrepreneur) l’oriente, selon la loi, vers le marché noir pour obtenir les devises nécessaires au financement de ses importations — ce qui accroît fortement la demande en devises alors que l’accès via les banques reste limité.
Des mesures urgentes pour enrayer la dégradation
Face à cette situation, le gouvernement algérien est confronté à un défi majeur pour stopper la dépréciation de la monnaie nationale, particulièrement dans un contexte économique mondial instable.
Selon Abdelkader Mchedal, les autorités doivent adopter des mesures axées sur la qualité économique, notamment :
stimuler l’investissement intérieur,
renforcer les capacités productives locales,
accélérer l’accueil de projets étrangers en Algérie,
mettre en place un cadre juridique flexible encourageant l’investissement,
et soutenir davantage la production nationale afin de réduire la dépendance à l’importation.
Il déplore toutefois les freins bureaucratiques, qui retardent la réalisation des projets selon les standards internationaux, ce qui pousse les investisseurs à comparer l’Algérie avec d’autres pays concurrents.
L’économiste affirme également qu’une base industrielle forte capable de couvrir une part importante des besoins nationaux réduira la demande en devises, au profit du dinar, ce qui contribuera à renforcer sa valeur.
Un impact direct sur le citoyen
Toute variation des indicateurs économiques affecte en premier lieu les citoyens, notamment leur pouvoir d’achat.
Mchedal explique que la baisse du dinar entraîne une hausse des prix à l’importation, ce qui alourdit les dépenses des ménages et alimente l’inflation.
De son côté, Slimane Nacer estime que la résolution du problème du marché noir ne dépend pas seulement d’une solution économique, mais aussi de dimensions sociales et politiques, car ce marché constitue actuellement l’unique espace permettant au citoyen d’obtenir des devises.
Des expériences internationales réussies
Plusieurs pays ont connu des crises similaires, mais ont réussi, grâce à des réformes audacieuses, à inverser la tendance et à rendre leur monnaie plus stable et plus forte.
Le cas du Brésil (1994–2005)
Face à une inflation galopante et à un effondrement monétaire, le pays a introduit une nouvelle monnaie, le réal, l’a brièvement arrimée au dollar, puis a appliqué une discipline budgétaire stricte. Résultat : le réal est devenu l’une des monnaies les plus solides des marchés émergents.
La Pologne (années 1990)
La Pologne a traversé un effondrement monétaire total avant de lancer des réformes radicales, dont la libération du marché et l’indépendance des banques.
La Turquie (2000–2005)
La Turquie a restauré la valeur de la livre en introduisant la “nouvelle livre” (suppression de 6 zéros), en maîtrisant l’inflation et en renforçant l’indépendance de la Banque centrale.
La Colombie
Le pays a sauvé son peso grâce à l’indépendance élargie de la Banque centrale, l’augmentation des exportations et l’amélioration des finances publiques.