Essais nucléaires en Algérie : 20 ONG réclament des comptes à la France

Essais nucléaires en Algérie : 20 ONG réclament des comptes à la France

À l’occasion de la Journée internationale contre les essais nucléaires, célébrée chaque 29 août, vingt organisations internationales ont lancé une nouvelle pétition exigeant de la France la reconnaissance officielle et complète de sa responsabilité dans les essais nucléaires menés dans le désert algérien entre 1960 et 1966, ainsi que dans les lourds dommages sanitaires et environnementaux qui en découlent et dont les effets persistent encore aujourd’hui.

La pétition, publiée ce vendredi, regroupe plusieurs organisations actives dans le domaine du désarmement nucléaire, des droits humains et de la protection de l’environnement, telles que : la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), l’Observatoire des armements, le projet Nuclear Truth, l’Association genevoise pour l’opposition à l’énergie nucléaire, l’Association norvégienne pour la paix, entre autres.

Des revendications claires et globales

Selon l’article publié par Al-Araby Al-Jadeed, les organisations signataires renouvellent leur appel au gouvernement français pour :

  • reconnaître pleinement les crimes nucléaires commis en Algérie et assumer la responsabilité juridique et morale.
  • accorder des indemnisations justes et complètes aux victimes, tout en leur garantissant un suivi médical adapté.
  • divulguer immédiatement et intégralement tous les documents et cartes relatifs aux essais nucléaires, y compris les sites d’enfouissement des déchets radioactifs.
  • transmettre à l’Algérie une copie intégrale des archives nucléaires, sans invoquer le “secret-défense” comme prétexte pour cacher des informations.
  • entreprendre des actions concrètes de dépollution et de traitement des zones contaminées par la radioactivité.

Un lourd héritage de contamination

On rappelle que la France a effectué pas moins de 17 essais nucléaires dans le Sud algérien, en plus de 40 expérimentations complémentaires dites “sous-critiques”, entre 1960 et 1966.

Ces essais ont provoqué une contamination radioactive à grande échelle, dont les répercussions se sont fait sentir sur la santé des populations, l’environnement et l’économie locale.

Les zones touchées enregistrent toujours des taux élevés de cancers, de maladies respiratoires chroniques et de malformations congénitales, ainsi qu’une dégradation des ressources naturelles et des moyens de subsistance.

Le 13 septembre 2024, les rapporteurs spéciaux de l’ONU avaient adressé des correspondances officielles aux gouvernements algérien et français, les appelant à prendre des mesures concrètes pour traiter ce dossier. Aucun retour n’a été donné à ce jour, révélant la persistance d’un déni officiel face à une tragédie humaine et écologique qui perdure.

Les organisations signataires appellent aussi à ouvrir un dialogue sérieux entre les deux gouvernements afin de placer ce dossier parmi les priorités, et à créer un comité mixte de suivi associant représentants étatiques, parlementaires et associations de victimes.

Elles exhortent par ailleurs l’Algérie à prendre des mesures urgentes pour protéger la santé publique dans les régions affectées, à élaborer un plan national complet de gestion des impacts sanitaires et environnementaux, et à réhabiliter les sites des explosions nucléaires, avec l’implication de la société civile et des experts.

Paris persiste dans le refus

Il convient de rappeler que le général Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, avait déjà demandé en avril 2021 à son homologue français, le général François Lecointre, la remise des cartes topographiques permettant d’identifier les sites d’enfouissement des déchets radioactifs.

En février dernier, à l’occasion de la commémoration des explosions nucléaires françaises en Algérie, le président de l’Assemblée populaire nationale, Brahim Boughali, avait rappelé que ces essais laissaient encore des “plaies ouvertes”, marquées par une catastrophe humaine et environnementale indélébile. Il a exigé que la France reconnaisse sa responsabilité historique et indemnise les victimes.

Boughali a également rappelé que la France a mené 17 essais nucléaires dans les régions de Reggane et In Ekker, dont les effets dévastateurs persistent : cancers, malformations congénitales et souffrances continues des populations locales.

Il a insisté sur la nécessité pour la France d’assumer le nettoyage des terres contaminées et de remettre à l’Algérie l’intégralité des archives des essais, tout en annonçant un projet de loi visant à criminaliser le colonialisme français. Ce texte, déjà évoqué en 2006 en réaction à la loi française de 2005 glorifiant la colonisation, avait été gelé pour des raisons politiques mais devrait désormais être relancé.

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