Algérie : le plastique entre pénuries et investissements locaux

Algérie : le plastique entre pénuries et investissements locaux

La guerre américaine « israélienne » contre l’Iran jette son ombre sur le commerce du plastique, alors que cette industrie, considérée comme l’un des piliers de l’économie mondiale, traverse un tournant critique, notamment en raison de la fluctuation de la navigation dans le détroit d’Hormuz.

L’industrie du plastique en chiffres

La taille du marché mondial du plastique était estimée à environ 533,59 milliards de dollars en 2025, avec une prévision d’atteindre 560,38 milliards de dollars en 2026, pour un taux de croissance annuel de 5,1 %.

La région Asie-Pacifique détient environ 53 % de la part de marché mondiale, suivie par l’Amérique du Nord et l’Europe.

La Chine, les États-Unis et l’Arabie Saoudite représentent les trois principaux producteurs de polymères plastiques, contribuant ensemble à plus de la moitié de la production mondiale.

Impact sur les chaînes d’approvisionnement et le transport

L’industrie du plastique dépend entièrement du « feedstock » (matière première) dérivé du pétrole et du gaz, tels que le naphta et l’éthane.

Environ 20 % du commerce mondial des liquides pétroliers et 30 % du gaz naturel liquéfié transitent par le détroit d’Hormuz.

Avant la guerre actuelle, une tendance mondiale s’était développée vers le recyclage chimique et mécanique pour réduire la dépendance au pétrole brut, mais la crise actuelle a recentré l’attention sur la sécurité des approvisionnements traditionnels.

Le déclenchement du conflit en février et mars 2026 a provoqué des perturbations majeures, incluant la fermeture du détroit d’Hormuz et des troubles dans le transport maritime.

Cette fermeture a entraîné une baisse du passage des navires de plus de 70 %.

Des rapports concordants indiquent également que plus de 200 pétroliers et navires gaziers ont été retenus ou arrêtés en dehors du détroit en raison de l’augmentation des coûts d’assurance contre les risques de guerre.

Parallèlement, les prix des matières premières ont connu une hausse spectaculaire.

Ainsi, le prix de la tonne de naphta à Singapour a augmenté de 60 %, atteignant 1 000 dollars.

Les prix du polyéthylène (PE) ont bondi de 37 %, et ceux du polypropylène (PP) de 38 % sur les bourses mondiales (comme celle de Dalian) en seulement un mois.

De larges fournitures de résines (resins) en provenance des pays du Golfe à destination de l’Asie et de l’Europe ont été interrompues, poussant les fabricants à déclarer la force majeure.

Les secteurs de l’emballage, de l’automobile et des dispositifs médicaux ont été directement affectés.

Les coûts des matériaux d’emballage flexibles ont augmenté, entraînant une hausse des prix des biens de consommation à l’échelle mondiale.

L’Asie est la région la plus touchée, en raison de sa forte dépendance au naphta importé du Moyen-Orient pour alimenter ses complexes pétrochimiques.

On a constaté une pénurie sévère de polyéthylène exporté du Moyen-Orient, avec un déficit de 40 %.

Et l’Algérie ?

L’Algérie est le deuxième plus grand importateur de produits plastiques en Afrique et au Moyen-Orient. Les dernières données officielles indiquent que les importations algériennes de ces matériaux ont atteint environ 2,98 milliards de dollars en 2025, un chiffre en hausse par rapport à 2020.

Parallèlement, l’Algérie figure parmi les principaux investisseurs dans les secteurs du plastique, de l’emballage et du recyclage dans la même région.

Elle est également le troisième plus grand importateur de plastique brut (à l’état primaire), après les Émirats et l’Égypte, avec une augmentation des importations de matières plastiques brutes de 7,8 % par an entre 2007 et 2024, passant de 304 000 tonnes à 1 095 000 tonnes en 2024.

Les importations algériennes de technologies plastiques ont quant à elles augmenté de 34,6 % par an entre 2020 et 2024, passant de 91 millions d’euros à 299 millions d’euros, faisant de l’Algérie le plus grand importateur de technologies plastiques en Afrique, devant le Maroc (230 millions d’euros), l’Afrique du Sud (205 millions d’euros) et l’Égypte (175 millions d’euros).

Avec une valeur de 225 millions d’euros en 2024, l’Algérie est également devenue le plus grand importateur de technologies d’emballage en Afrique.

Les autorités algériennes ont pris des mesures pour réduire ce chiffre en encourageant les investissements et la production locale de plastique et de ses dérivés.

Au début de mars, Omar Rkach, directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, a annoncé l’enregistrement de 675 projets d’investissement dans le secteur du plastique, pour une valeur déclarée dépassant 138 milliards de dinars algériens.

Depuis 2022, ces projets comprennent 6 investissements directs étrangers et 18 projets en partenariat avec des opérateurs locaux.

La société nationale Sonatrach a confirmé, de son côté, le soutien aux petites et moyennes entreprises et l’attraction d’investissements étrangers directs dans le domaine de la transformation des matières plastiques.

Sonatrach collabore avec la société turque Renaissance sur un projet de « polypropylène » (plastique polyvalent) actuellement en cours en Turquie.

L’entreprise nationale étudie également d’autres projets pétrochimiques liés à la production de plastique et de méthanol avec plusieurs partenaires.

Ces initiatives, ainsi que les séminaires et salons nationaux dédiés à soutenir cette matière, montrent la volonté de l’Algérie de renforcer cette industrie stratégique, confirmant l’importance de cette démarche face aux récentes transformations géostratégiques.

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