Algérie-France : Paris en quête de nouveaux équilibres après la crise
Les relations algéro-françaises traversent une phase délicate, avec les premiers signes de réouverture des canaux de communication entre les deux pays après des mois de rupture. Cependant, ce retour circonstanciel a ouvert la porte aux tentatives de l’extrême droite française pour orienter le dialogue dans le sens de ses intérêts, selon l’éditorial du journal de droite Le Figaro paru hier, vendredi.
Après l’écartement du plan du précédent ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, dans la gestion de la crise avec l’Algérie, l’extrême droite s’est rapidement empressée de tracer une nouvelle « feuille de route », profitant de la disposition des deux parties à renouer le dialogue, d’après la même source.
Le journal considère que la reprise des contacts est « possible et nécessaire », mais s’interroge rapidement sur la nature de ce dialogue et ses objectifs, en se concentrant sur les dossiers de l’immigration, de la coopération sécuritaire, de l’échange de renseignements et du retour des personnes expulsées, ainsi que sur la révision de l’accord de 1968 régissant la circulation des personnes.
D’un autre côté, le journal éteint les projecteurs sur les dossiers qui affaiblissent la position française, en tête desquels figurent la mémoire liée au passé colonial et la position française sur le Sahara occidental, dossier qui a déclenché la crise entre les deux pays il y a plus d’un an.
Le Figaro va jusqu’à évoquer la demande de l’Algérie de « maintenir les navires de guerre dans le port », en soulignant la nécessité d’écarter le dossier de la mémoire de toute négociation, alors même que l’Algérie le place au premier rang de ses conditions et insiste pour que Paris assume ses responsabilités historiques.
Des démarches françaises pressantes
Le journal estime que Paris souhaite accélérer la restauration des ponts rompus, s’appuyant sur le « changement radical » dans le discours du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, du ministre de l’Intérieur Laurent Nunez et du chef des services de renseignement extérieurs Nicolas Lerner, qui s’accordent à dire que les déclarations de Retailleau ont directement contribué à la détérioration des relations algéro-françaises.
Le Figaro révèle également la proximité d’une visite de la secrétaire générale du ministère français des Affaires étrangères, Anne-Marie Descôtes, en Algérie, sans en préciser la date, tandis que le sort de la visite du ministre de l’Intérieur Laurent Nunez reste incertain.
Du côté algérien, aucun communiqué ne confirme des visites françaises, ouvrant la porte à l’hypothèse selon laquelle elles pourraient servir à apaiser le mécontentement de certains milieux politiques français, affectés par une mauvaise appréciation de l’Élysée.
L’affaire Boualem Sansal
La libération de l’écrivain Boualem Sansal a constitué un tournant notable et les réactions ont été diverses, après que le président Abdelmadjid Tebboune a répondu favorablement à la demande de son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier de le transférer en Allemagne pour y recevoir des soins, conformément à la décision prise en vertu de l’article 91 de la Constitution algérienne, Berlin prenant en charge son transfert et ses soins médicaux.
Sansal, âgé de 80 ans, avait été condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale », peine confirmée par la cour d’appel en mars 2025.
Des sources européennes ont indiqué que l’Allemagne a joué un rôle central dans la médiation, tandis que les tentatives françaises précédentes de pousser l’Union européenne à intervenir avaient échoué.
Dans sa première déclaration après son arrivée en Allemagne, Sansal a déclaré au journal Le Point : « Bonjour la France, Boualem revient… Nous triompherons », exprimant l’espoir que sa libération constitue un pas vers un rapprochement entre l’Algérie et la France.
Paris se montre optimiste
De son côté, l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, a affirmé que la libération de Sansal résultait d’« une longue opération diplomatique », estimant que cette décision pourrait ouvrir la voie à une reprise progressive du dialogue entre Paris et Alger, dans le but de protéger « la sécurité nationale française » et de stabiliser les relations bilatérales.
Dans une déclaration précédente, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait indiqué que Paris menait des discussions avec l’Algérie concernant Sansal, précisant que ces efforts faisaient partie de la protection des « intérêts français » dans la région, incluant également le cas du journaliste Christophe Gleizes.
Malgré les tentatives d’apaisement, la situation politique entre les deux pays reste complexe, Paris cherchant à reconstruire son influence en Afrique du Nord, tandis que l’Algérie maintient ses positions historiques et souveraines, refusant toute approche qui ignorerait les dossiers de mémoire ou adopterait une double lecture des questions régionales.
Alors que l’extrême droite pousse à imposer des priorités purement françaises, il apparaît que le retour des relations à un cours normal nécessitera un traitement approfondi de dossiers sensibles, dont les évolutions des derniers mois ont montré qu’ils ne pouvaient être négligés ou contournés.