Affaire de l’historien Mohamed El-Amine Belghit : la justice requalifie les charges dans un tournant inattendu
La justice algérienne a requalifié les accusations portées contre l’historien et professeur universitaire Mohamed El-Amine Belghit, passant de chefs d’inculpation criminels à des délits correctionnels. Ce changement ouvre la voie à son procès dans les prochaines semaines, après plusieurs semaines de controverse populaire et médiatique autour de ses déclarations sur l’amazighité, faites lors d’une interview sur une chaîne de télévision émiratie.
Selon l’ancien député Azzedine Djerafa, le professeur Belghit a été entendu le mardi 17 juin 2025 par le juge d’instruction en charge du dossier, en présence de plusieurs avocats de la défense. Cette audience, jugée cruciale dans le déroulement de l’affaire, a abouti à une modification de la qualification juridique des faits.
Grâce à cette décision, l’historien algérien devrait comparaître prochainement devant la justice. Son affaire a suscité un large élan de solidarité au sein des milieux académiques, culturels et populaires, comme en témoigne une pétition en ligne ayant déjà recueilli plus d’un demi-million de signatures, réclamant l’accélération de son procès.
Malgré cette évolution procédurale favorable, Azzedine Djerafa a souligné, dans une publication sur sa page Facebook, l’importance de maintenir le soutien à cette cause, en poursuivant la campagne de signatures jusqu’au début officiel du procès, ou au plus tard jusqu’au 1er novembre, comme initialement prévu.
Refus de libération de Mohamed El-Amine Belghit
Le 21 mai dernier, la chambre d’accusation près la Cour d’Alger a refusé la demande de libération de l’historien incarcéré Mohamed El-Amine Belghit, confirmant ainsi la décision du juge d’instruction du tribunal de Dar El Beïda ordonnant sa détention provisoire.
La défense avait pourtant présenté une demande de remise en liberté, assortie de toutes les garanties légales dont bénéficie son client, et plaidé pour une mise sous contrôle judiciaire en remplacement de la détention. Cependant, la chambre d’accusation a rejeté cette requête après avoir examiné l’appel introduit par la défense contre la décision du juge d’instruction de la 4e chambre.
Le professeur Mohamed El-Amine Belghit était poursuivi pour plusieurs chefs d’inculpation à caractère pénal, dont celui de crime d’atteinte à l’unité nationale par des propos visant les symboles de la nation et de la République, ainsi que pour atteinte à l’intégrité du territoire national et diffusion de discours de haine et de discrimination via des moyens technologiques.
L’affaire remonte à des déclarations faites par l’historien lors d’une interview accordée à la chaîne « Sky News Arabia », qui ont suscité une vive polémique en Algérie. Ses propos ont été perçus comme portant atteinte à l’identité nationale et remettant en cause les fondements de la nation, provoquant une vague d’indignation et l’ouverture de poursuites judiciaires à son encontre.